venez et voyez la mort

la mort apprend a l’homme qu’il est infiniment meprisable en tant qu’il passe, et infiniment estimable en tant qu’il aboutit a l’eternité. tout ce que se mesure finit et tout ce qui finit n’est rien. La vie humaine n’est que de quelques jours et la mort qui la termine aneantit tout, meme le corps qui devient quelque substance transformé. Il y en a en nous quelque chose qui ne meurt pas et qui participede l’espirit majeur. sans cela l’homme n’aurait pas eu l’idee du devoir et de la grandeur du devoir, et il n’aurait pas pu concevoir un espirit pur. sans doute nous sommes un melange de mysere et de grandeur que les philosophes n’ont pas pu expliquer mais la inspiration nous explique que la grandeur en nous est naturelle et la misere est la consequence de la inferiorete du système social. Me sera-t-il permis aujourdhui d’ouvrir un tombeau devant vous, des yeux si délicats ne seront-ils pas offensés par un objet si funèbre? je ne pense pas que des gens d’honneur doivent refuser d’ assister à ce spectacle avec la providence. cest elle qui ordonne qu’on lève la pierre, et qui semble nous dire à son tour de venir, et de regarder nous-memes. elle ne refuse pas de voir sa reflexion comme un sujet de miracle, mais cest nous, mortels misérables, qui refusons de voir ce triste spectacle, comme la conviction de nos erreurs. allons et et tachons de voir, et désabusons-nous éternellement de tous les biens que la mort enlève. cest une étrange faiblesse de l’ esprit humain que jamais la mort ne lui soit présente, quoiqu’elle se mette en vue de tous côtés, et en mille formes diverses. on n’entend dans les funérailles que des expressions extrangeres d’etonnement envers la mort. chacun rappelle en son souvenir depuis quel temps il lui a parlé, et de quoi le défunt l’a entretenu, et tout d’un coup il est mort. les mortels n’ ont pas moins de soin d’ ensevelir les pensées de la mort que d’ enterrer les morts mêmes. Entre toutes les passions de l’esprit humain, l’une des plus violentes, cest le désir de savoir, et cette curiosité fait qu’il épuise ses forces pour trouver ou quelque secret inoui dans l’ordre de la nature, ou quelque adresse inconnue dans les ouvrages de l’ art, ou quelque raffinement inusité dans la conduite des affaires. mais, parmi ces vastes désirs d’enrichir notre entendement par des connaissances nouvelles, la même chose nous arrive qu’a ceux qui, jetant bien loin leurs regards, ne remarquent pas les objets qui les environnent: je veux dire que notre esprit, s’etendant par de grands efforts sur des choses fort éloignées, et parcourant le ciel et la terre, passe cependant si légèrement sur ce qui se présente à lui de plus près, que nous consumons toute notre vie toujours ignorants de ce qui nous touche, et non seulement de ce qui nous touche, mais encore de ce que nous sommes

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