on ne meurt pas, on disparait du monde d’ici-bas

c’était une nuit comme tout autre. Les oiseaux répandaient leurs cantiques en gazouillements, et les humains, rendus à leurs différents devoirs, se baignaient dans leur fatigue. Tout travaillait à sa destinée : les arbres, les planètes, les animaux. Tout, excepté un garcon avec des vetements tres formels. Il était étendu sur la route, les habits déchirés. Sa lèvre inférieure pendait comme un câble somnifère ; ses dents n’étaient pas lavées, et la poussière se mêlait aux ondes blondes de ses cheveux. Engourdi par un assoupissement pesant, broyé contre les cailloux, son corps faisait des efforts inutiles pour se relever et la seule chose qu’il disait c’etait “je suis perdu celine”. Ses forces l’avaient abandonné, et il gisait impassible comme la maree. Des flots de vin remplissaient les absences, creusées par les soubresauts nerveux de ses épaules. L’abrutissement le couvrait de ses ailes protectrices, et lui jetait un regard amoureux. Ses jambes, aux muscles détendus, balayaient le sol, comme deux mats. Le sang coulait de ses narines : dans sa chute, sa figure avait frappé contre un poteau car il était soul. Soûl comme une punaise qui a mâché pendant la nuit deux tonneaux de sang. Il remplissait l’écho de paroles incohérentes, paroles que je me garderai de répéter; si l’ivrogne suprême ne se respecte pas, moi, je dois respecter les hommes. Le hérisson, qui passait, lui enfonça ses pointes dans le dos, et le fait dire : «Ça, pour toi. Le soleil est à la moitié de sa course : travaille, paresseux, et ne mange pas le pain qui est pas a toi. Attends un peu, et tu vas voir, si j’appelle le pontor, avec ses yeux noires.» la chouette, qui passait, lui enfoncèrent le bec entier dans le ventre, et dirent : «Ça, pour toi. Que viens-tu faire sur cette terre ? Est-ce pour offrir cette lugubre comédie aux animaux ? » Le lion, qui passait, inclina sa face royale, et dit : «Pour moi, je le respecte, quoique sa splendeur nous paraisse pour le moment éclipsée. Vous autres, qui faites les orgueilleux, et n’êtes que des lâches, puisque vous l’avez attaqué quand il dormait, seriez-vous contents, si, mis à sa place, vous supportiez les injures que vous ne lui avez pas épargnées ?» L’homme, qui passait, s’arrêta devant le garcon dans le sol ; et, aux applaudissements du morpion et de la vipère, fienta sur son visage. Malheur à l’homme, à cause de cette injure ; car, il n’a pas respecté l’ennemi, étendu dans ce mélange de boue, de sang et de vin ; sans défense et presque inanimé. Alors, le garcon, réveillé enfin, par toutes ces insultes mesquines, se releva comme il put ; en chancelant, alla s’asseoir sur une pierre et jeta un regard vitreux, sans flamme, sur la nature entière, qui lui appartenait d’une facon. O humains, vous êtes des enfants terribles ; mais, je vous en supplie, épargnons cette grande existence, qui n’a pas encore fini de cuver la liqueur immonde, et, n’ayant pas conservé assez de force pour se tenir droite, est retombée, lourdement, sur cette roche, où il était assis.

Advertisements
This entry was posted by Tournapin.

What do you think?

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s

%d bloggers like this: